Les thèmes du tatouage japonais

Le tatouage Japonais

Kirin

Cette créature mythologique est un hybride. Elle a le corps d’un lion, sa peau est écailleuse comme celle d’un poisson, il a des cornes et des sabots de cerf. L’origine de son apparence dans le folklore de l’Est n’est pas très claire.

Il y a des théories disant que cette créature mythique viendrait simplement d’une girafe qui aurait été amenée en Chine pour suivre un empereur lors de ses expéditions.

Même si le kirin n’a pas un aussi long cou et est supposé être plus tardif dans sa création/son origine, les deux créatures se sont mélangées à travers le temps, et la représentation du kirin dans le tatouage et l’art moderne est attribué à une girafe.

Il a toujours été présage de bonne chance et de bon augure ainsi que d’événements positifs -par exemple l’arrivée d’un homme sage ou une période d’abondance-, il est également dit qu’il peut marcher sur l’herbe sans la faire bouger.

C’est un serviteur du rui, un concept bouddhiste qui pourrait être traduit par «sérénité» et «prospérité.  Ce sont des propriétés abondantes chez cette créature, qui se matérialisent et concentrent autour de lui par des flammes. 

Ryu (Dragon)

Le mythe du dragon est commun à toutes les cultures antiques, comme l’Égypte ancienne, Babylone ou l’Inde, cette figure mythologique est également très importante dans les cultures occidentales. Dans toutes ces cultures, les dragons sont associés aux dieux ailés du ciel, qui descendent sur Terre afin de créer des humains. Même s’ils sont des créatures mythologiques, les dragons partagent  beaucoup de caractéristiques dans toutes les différentes cultures, ce qui tend à un prouvé une origine commune.

Contrairement à l’occident, les dragons en Asie ne symbolisent pas nécessairement le mal, ils sont généralement vu comme figure de gentillesse. Leurs racines dans la culture japonaise, qui ont elles-mêmes leurs origines en Chine (et plus spécifiquement dans les traditions bouddhistes) peuvent être expliquées par leur aspect intimidant et extrêmement puissant, pensant qu’ils représentent et apportent bienveillance et bonne fortune dans la majorité des cas.

Le dragon est la représentation sur Terre d’une des huit déités qui protègent Bouddha, son nom est Ryu, il est lié aux éléments naturels primaires, tels que le vent, le feu et l’eau. 

Dû à leurs origines célestes les dragons étaient considérés comme des éléments astrologiques. Déclarées comme ennemis du Soleil et de la Lune, les éclipses se produisirent lorsque les dragons tentaient de dévorer l’un des deux astres.

Ils montent vers le ciel en printemps  et descendent dans les profondeurs  en automne , et durant leur voyage ils peuvent changer radicalement de taille, allant de la plus petite créature jusqu’à couvrir tout le ciel.

Leur physionomie est un mélange de plusieurs animaux puissants: la tête d’un chameau, les cornes d’un cerf, les yeux d’un lièvre, les oreilles d’un taureau, la crête d’un phoenix, le corps d’un serpent et les écailles d’une carpe, les pattes d’un tigre et les griffes d’un aigle.  Ils peuvent avoir des ailes, dans quel cas ils avaient habituellement une seule paire de jambes, comme la queue d’un phénix.

 Ce sont là les composantes basiques des dragons en extrême orient, mais ils varient légèrement de si le dragon est chinois, japonais ou coréen. Ils sont aveugles, ils peuvent contracter et étendre leur corps à volonté, ils ont le pouvoir de se transformer en n’importe quelle personne, homme ou femme, et quand ils font ça, ils sont incroyablement beaux. C’est comme ça qu’ils séduisent des humains et ont des enfants avec eux, qui deviennent par la suite de grands dirigeants. En réalité, beaucoup d’empereurs clamaient avoir de la descendance draconique. Les dragons peuvent aussi se transformer en animaux et devenir invisibles. Pourtant ils ont leur kryptonite, ils ont peur des centipèdes, la soie teinte en cinq couleurs et le fer.

Les dragons aquatiques vivent au fond de la mer où ils sont les gardiens de grands trésors, spécifiquement les perles, qui ont comme propriété de ressusciter les morts. Ils vivent et contrôlent les rivières, les lacs et les pluies, plus grand est l’étendue d’eau plus grand est leur pouvoir. Dans les plus vieilles légendes, ils pouvaient être fluorescents et illuminer les eaux la nuit.

En termes de différences entre les dragons concernant leurs origines et caractéristiques, leur nombre de griffes est le marqueur principal. On peut normalement définir l’origine d’un dragon en comptant ses griffes. Au Japon il sont toujours représentés avec trois griffes, il est courant de les voir dans les tatouages sous cette forme.  En Chine ils peuvent en avoir quatre ou cinq. La variété de dragons à cinq griffes était beaucoup utilisée par la famille de l’empereur,  ils ont été le motif principal du drapeau de la dynastie Qing (1644-1911), ceux qui osaient utiliser des dragons à cinq griffes comme symbole pour décorer leur maison pouvaient être condamnés à mort. Tant en Chine et qu’au Japon, il est dit que plus le trajet du dragon est long plus ses griffes se développent. Et si il voyage trop loin, ses griffes seront tellement longues qu’il lui serait impossible de marcher à nouveau sur terre. En Indonésie et en Corée, la croyance veut que selon la direction du voyage le dragon gagne ou perdra des griffes.

En plus d’être sages, les dragons sont aussi vaniteux, et sont facilement offensés si les humains ne respectent pas leurs règles et mises en garde ou s’ils ne leur montrent pas le respect dû. Leur vengeance peut prendre la forme d’une sécheresse, de très fortes pluies ou de tempêtes. Il est dit que les petits dragons passent leur temps à causer des fuites dans les toits ou à faire pourrir le riz.

Dans l’art japonais, dont dans le tatouage, il est commun de représenter le dragon volant dans des nuages en forme de champignons. Ce n’est pas une coïncidence, car ils représentent une variété spécifique de champignons appelés reishi, ou champignons d’immortalité, ce qui symbolise la jeunesse éternelle. Une autre forme de nuages accompagnant les dragons est en spirale, cette forme indiquant que les poumons du dragon sont en train de se charger pour souffler de l’eau ou du feu, ces spirales sont la représentation active de tous les pouvoirs de l’univers. Quand le fond est brumeux comme de la fumée, on peut savoir grâce à la densité si c’est une scène prenant place le jour ou la nuit.

Les dragons portent généralement une perle  flamboyante entre leurs griffes, dans laquelle tout leur pouvoir réside, dont le fait de pouvoir monter au ciel. Elles sont connues pour être les perles de Bouddha, contenant toute l’essence spirituelle de l’univers.  Elles ont le pouvoir de multiplier tout ce qu’elles touchent, en plus de quoi elles symbolisent la perfection et la sagesse, tout en étant de puissantes amulettes de bonne fortune. Elles ont été créées dans des lotus clos, exclusivement dans de l’eau à proximité de temples  ou de demeures de ceux ayant atteint l’illumination.  Une fois que le lotus s’ouvre, la perle peut aller laisser éclater toute sa splendeur.

Il y a beaucoup de lieux dévoués aux plus anciens et plus puissants dragons.  Certains de ces lieux sont réels, comme par exemple le temple de Tenryu à Kyoto, qui tient son nom d’un moine qui, au XIVème siècle, rêva d’un dragon qui sortit de la rivière et s’éleva vers le ciel (Tenryu signifiant «dragon du ciel»). Ce temple, un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, contient une surprise. Sur le plafond de vingt-deux mètres de haut d’un de ses bâtiments se trouve une peinture d’un dragon céleste, qui a un impact visuel très important sur les visiteurs entrant ici pour la première fois. Ce n’est pas seulement l’une (voir là) des plus belles représentations de dragon, elle interagit également avec les visiteurs. La tête du dragon occupe l’espace central de l’énorme circonférence, la manière et la technique dont le dragon a été peint donnent l’impression que, quel que soit l’endroit où l’on se trouve dans la pièce les yeux du dragon nous observent. Une fois qu’un visiteur a fait plusieurs fois le tour de la pièce et a vu cet effet, il verra alors que tout le corps du dragon est entortillé et serpente pour suivre l’observateur dans toute la pièce.

D’autres endroits dédiés aux dragons sont maintenant devenus des légendes, comme par exemple le palais du roi de tous les dragons, Ryujin, dont il est dit qu’il est situé au fin fond des océans, près des îles de Ryukyu. Des centaines de dragons gardent ce temple à plusieurs étages, faits de coraux rouges et blancs, ce qui est un grand trésor. Pour les humains, une journée dans cet endroit serait équivalente à cent ans sur terre. Ryujin est présenté comme étant âgé, un visage vert, une longue barbe, et il orné d’un genre de couvre-chef fait d’une tête de dragon et d’un corps de dragon suspendu à son dos. Ses vassaux sont tous les poissons et toutes les créatures de la mer, ses deux acolytes étant la tortue (le chef des messagers) et le poulpe (son chef médecin). Ryujin contrôle les marées grâce à ses bijoux magiques (tama). Un des thèmes les plus populaires dans le tatouage japonais  dépeint un épisode où une jeune plongeuse vole un de ces bijoux, contenant toute l’essence spirituelle de l’univers. Cette légende (et son tatouage) est appelé muge hoju no tama et elle est supposée avoir pris place au septième siècle. Ryujin a volé ces bijoux à un bateau qui les transportait comme présents pour l’empereur. Le récit a plusieurs retournements de situation, à la fin desquels la jeune plongeuse, sachant que les dragons ne touchaient pas à la chair morte, se poignarda et cacha les perles dans sa plaie. Son corps sans vie remonta à la surface, les perles brillant en elle, ce qui permit à ce que l’on apporte les perles à l’empereur, au prix de la vie de la jeune femme.

Lorsque le dragon est décrit autour d’une épée qui a une poignée vajra c’est appelé  kurikara ryu, ce qui est une vue commune des katanas. Dans certains cas le dragon entoure complètement l’épée, lorsque c’est le cas c’est un kurikaraken ryu. L’épée appartient à Fudo Myo, de ce fait Fudo peut être représenté à l’arrière du dragon, à savoir que d’autres déités peuvent être montrées avec un dragon, comme Kannon et Benzaiten.

Comme il s’agit de créatures venant du ciel et du vent, les dragons sont considérés comme de bons protecteurs contre le feu, de fait ils sont plus représentés dans le tattoo en train de combattre du feu.

Dans tous les cas, il y a seulement deux manières de représenter un dragon enflammé dans une image: soit avec des flammes provenant de la perle qu’il tient entre ses griffes, ou lorsqu’elles viennent de ses épaules, de la partie où ses jambes rejoignent le corps, il porte le feu afin d’en protéger les humains.

En termes d’iconographie leur représentation implique des proportions qui les montrent  puissants: le diamètre de leur corps ne doit pas être plus large que la tête, sauf dans les zones où il se courbe, c’est pourquoi un corps de serpent fait une bonne référence pour dessiner un dragon. Les jambes doivent être assez longues et robustes pour supporter la taille et le poids d’un dragon sans pour autant être trop longues et épaisses, afin qu’il ai l’air bien stable. Par ailleurs le dragon doit avoir deux pattes de chaque côté, sauf si celui-ci est doté d’ailes, ceci paraît évident, mais c’est une erreur commune. La position des jambes est importante, car c’est elles qui donnent le dynamisme et l’expression du dragon. Des jambes placées très en avant feront que le dragon aura un cou plus petit ou plus long, il faut que tout soit toujours proportionné. Les griffes doivent bouger de manière expressive. Idéalement deux griffes d’une même patte (voire de pattes différentes!) ne doivent pas aller vers la même direction. L’échelle, la proportion peut varier en termes de taille en fonction du style de l’artiste tatoueur, généralement pour pour le plus traditionnel  les lignes vont être plus larges et épaisses. Cependant elles doivent suivre un certain pattern, s’adaptant à la morphologie de chacun et avoir une apparence imposante, qui donne l’impression de tout englober. Représenter un dragon avec de la couleur veut dire que celui-ci a plus de cinq-cents ans, les plus jeunes n’ont pas de pigmentations et donc pas de couleurs. Quand ils atteignent plus de mille ans, ils peuvent avoir des ailes ainsi que des plumes, similaires à celles d’un phénix. La tête du dragon doit résumer au maximum son caractère: il peut être féroce et noble, puissant et sage. La bouche a aussi une signification: une fermée transmet de la sérénité et protège des démons d’arriver ou d’entrer, alors qu’une ouverture tendra à chasser les démons.

Si tous les éléments sont correctement combinés, l’impact visuel pourrait être résumé par «une harmonie dynamique». Il est à noter que ce sont ces éléments qui sont les plus importants dans le tatouage japonais, ils demandent énormément de travail, de persévérance et de savoir-faire. Représenter un dragon sous toutes ses coutures peut être le travail d’une vie, mais une fois qu’un artiste maîtrise ça le résultat est d’autant plus spectaculaire qu’il dégage une pure énergie. Les tatoueurs japonais sont obsédés avec l’idée de capturer cette énergie, ils gardent toujours l’oeil pour la fin, car c’est à ce moment-là qu’ils insufflent l’âme au dragon. Une légende raconte qu’au sixième siècle un artiste anonyme peignait énormément de dragons, surtout réalistes, et que sa dernière peinture était d’un tel niveau qu’à sa mort le dragon prit vie, cassant la toile et passant à travers les nuages noirs, perçant le toit pour partir vers le ciel, au moment où l’artiste peignit ses yeux.

Il y a un type de tatouage recouvrant entièrement tout le corps, il s’agit du thème des neuf dragons, l’origine de cette représentation se trouve dans le Suikoden: Shi Jin, un des protagonistes les plus populaires parmi les 108 héros, aussi appelés Étoiles de la Destinée, porte ce tatouage. Parmi ces 108 héros (et brigands!) il y a trente-six esprits célestes et soixante-douze «démons terrestres». Shi Jin est le vingt-troisième sur les trente-six héros célestes, il est aussi connu par son surnom du tatoué aux neuf dragons. C’est un expert en arts martiaux, il manie le pudao, une épée avec une longue poignée, et un bâton, appelé gun, il vit comme un hors-la-loi par choix. Son tatouage reste un des thèmes les plus populaires dans le tatouage japonais, bien qu’il soit un des plus longs à réaliser.

Fujin et Raijin, dieux du tonnerre et du vent, sont souvent représentés  en train de monter des dragons. Même si physiquement ils ressemblent à des oni, ils ne sont pas démoniaques, mais représentent bel et bien des divinités. La nature ambivalente des oni est très courante dans l’iconographie japonaise, d’autant plus que les oni ne sont pas toujours des démons.

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Pour tout autre type de tatouages

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Le Shishi (lion)

Aussi appelé Jishi, le nom de cette créature est souvent traduit par «lion» ou «chien lion», mais ce mot peut aussi être utilisé pour un chien assez commun ou un cerf qui a des pouvoirs magiques et qui peut repousser les démons et les mauvais esprits. Ils apparaissent souvent par pair, le mâle et la femelle, ils gardent traditionnellement les entrées de temples Shinto et bouddhistes. Cependant ils peuvent aussi être près de tombes ou près de cascades d’eau où des pivoines, des fleurs avec lesquelles on peut les associer dans un tatouage, poussent. Dans un tattoo, le shishi, le roi des bêtes, apparaît près de  pivoines, la reine des fleurs, ce qui donne le thème karashishi-botan.

Il est dit que le shishi descend ses petits de la montagne et que le premier qui y monte à nouveau est le plus digne de continuer la lignée. Quand ils sont représentés avec la bouche ouverte, c’est qu’ils sont en train d’effrayer les démons, et si leur bouche est fermée ils sont alors en train de garder les bons esprits à l’intérieur. Les mâles sont dépeints avec la bouche ouverte, une corne sur le crâne et une perle de désir sous une patte. Ce bijou contient en lui la lumière que le bouddhisme peut apporter aux ténèbres, il est dit que la perle peut exaucer des voeux.

Ces créatures iconiques gardent l’entrée de beaucoup de temples bouddhistes et Shinto, dans certaines maisons les shishis sont appelés des koma inu.

Les femelles ont la bouche fermée, sans corne et avec un petit shishi dans une patte. Dans le tatouage lorsque l’on fait un foo dog il est préférable de représenter au moins l’un de ces éléments, voire d’opter pour une combinaison de deux d’entre eux: la corne, la bouche ouverte ou la perle sous la patte.

Les lions ne sont pas natifs du Japon, leurs premières représentations étaient basées sur des histoires et des travaux artistiques, principalement des sculptures et des peintures, importées du continent. Les premières apparitions des shishis apparaissent en Chine sous la dynastie Han (206 av. J.-C.-220 apr. J.-C.). Le mythe du shishi a été importé au Japon pendant le sixième et le septième siècle de notre ère, à travers l’arrivée du bouddhisme et de toutes ses croyances, notamment dans une d’elles où Dieu apparaît derrière cette bête mythique. C’est ainsi que par la suite ils sont apparus dans de nombreux tatouages.

Le shishi est considéré comme un talisman protecteur: il est dit que la peau qu’il a sur la tête est plus résistante que le casque le plus dur, c’est pour cette raison qu’on le tatoue souvent sur le ventre de femmes enceintes pour les protéger elles et le bébé durant la grossesse et l’accouchement.

La danse du lion, appelée shishi-mai, est donnée pendant la fête des Morts et pour le Nouvel An. Des acteurs portent des têtes de lion et vont de porte en porte prier pour la paix, l’abondance et la bonne santé. Les têtes de shishi sont aussi placées à côté des berceaux des nouveaux-nés pour les protéger des esprits maléfiques.

La Carpe

La koi est un des animaux les plus iconiques dans la culture japonaise. Elle est considérée comme un animal faisant preuve de résistance face à l’adversité, c’est pourquoi elle est très souvent représentée en allant à contre-courant de la rivière, cette iconographie est très courante dans le tatouage traditionnel japonais. La carpe remontant la rivière est une scène légendaire venant de Chine, «les rapides de la rivière d’or».

Selon la légende, seuls les poissons les plus forts sont capables de remonter la rivière dorée et traverser la «porte du dragon», où ils se transformeront en dragon et vivront alors un bonheur éternel. Seules les carpes qui ont la force et la détermination nécessaire peuvent accomplir ce processus. La bravoure de la carpe et sa persistance ont fait naître l’expression japonaise toryumon (passer la porte du dragon). Souvent dans le tatouage la transformation de la carpe en dragon est représentée par un corps de carpe avec quelques traits de transformation et  une tête de dragon, on appelle ce tête koiryu.

Durant le XIXème siècle, en même temps que le boom de l’ukiyo-e, rencontrant un très grand succès, et que l’irezumi n’allait pas tarder à lui aussi exploser, les fermiers et agriculteurs de riz de la province de Niigata (centre ouest de l’archipel) commencèrent à élever les carpes comme source de nourriture.

Ils remarquèrent alors qu’elles avaient des couleurs plus vives et attiraient plus les prédateurs, ils les séparèrent donc dans plusieurs étangs.

L’enthousiasme pour l’élevage de carpes gagna tout le Japon quand l’empereur Hirohito (1901-1989) introduisit des carpes dans l’étang du Palais Impérial en 1914. Les classes supérieures, dont la famille impériale elle-même, adoptée comme un symbole de la famille. L’élevage de carpes continue encore aujourd’hui et certains spécimens vont chercher dans plus de cent mille euros, considérés comme étant de très anciens bijoux. Les étangs de carpes peuvent être trouvés dans de nombreux cimetières, qui font alors office d’ornements complétant à la perfection les jardins.

La koi est aussi considérée comme un symbole masculin,  c’est l’emblème de Kodomo no hi, ou le jour des enfants, une fête nationale célébrée le 5 mai de chaque année, durant laquelle des bannières peintes de carpes sont arborées dans toutes les rues du Japon. Dans la pratique il est difficile de savoir quel est le sexe d’une koi jusqu’à ses dix ans, jusque là on se fie à des critères physiques, le mâle ayant une couleur plus brillante et la femelle une forme plus ronde. C’est surtout en été que l’on peut mieux les distinguer, principalement à cause du comportement des mâles, qui harcèlent sans cesse les femelles. Cette attitude très humaine, combiner à la longévité de la koi (elles ont une espérance de vie pouvant aller jusque cent ans!) leur donne une autre symbolique: celle d’un couple heureux vivant éternellement ensemble.  Deux carpes ensemble symbolisent un mariage long et heureux, ainsi qu’une longue vie, ce symbolisme se voit même dans le kanji signifiant «amour», se prononçant également «koi» en japonais.

La représentation la plus commune dans les estampes et dans le tatouage montre une carpe se battant avec Oniwakamaru (le jeune Benkei) ou le légendaire Kintaro (le garçon doré), cette scène est appelée koitaro. Kintaro, un enfant à la force herculéenne élevé par un genre d’ogre dans des montagnes, est un héros mythologique très populaire qui démontra sa force en combattant de nombreux animaux. Même si dans les légendes anciennes Kintaro n’a jamais combattu de carpe, on pense que le thème koitaro a été inventé par l’illustrateur Kuniyoshi, qui a mélangé la légende de Kintaro avec celle de Benkei, que nous verrons plus tard, afin de les représenter dans un seul design.

La légende du héros Benkei, le féroce moine et frère d’armes de Minamoto no Yoshitsune, est un des folklores les plus célèbres au Japon. Surnommé Oniwakamaru (le jeune enfant démon), ce jeune garçon a vu sa mère se faire enlever par une carpe dans les cascades de Bishamon. Ça a eu un impact tel sur l’enfant qu’il a grandi avec l’obsession de venger l’enlèvement et la mort de sa mère, il a donc attendu des années pour voir à nouveau la carpe géante passer près de la même cascade. Lorsque le jour arrivera où la carpe revint au même endroit, le jeune homme bondit sur elle, l’attrapa en étant dans son dos et la poignarde avec son katana jusqu’à ce qu’elle meurt. En réalité, il s’aperçut après le combat que la koi était le fantôme de sa propre mère. Généralement lorsqu’un animal géant apparaît dans une légende c’est qu’il s’agit d’un yokai ou d’une entité surnaturelle.

Cette image d’un enfant agrippé dans le dos d’une carpe est un des motifs les plus populaires au Japon.

Un autre personnage lié aux carpes est Kuan-yin, ainsi nommé en Chine, et appelé Kannon au Japon. Elle n’est pas une déesse, comme c’est souvent pensé en occident, mais une femme «illuminée» – une bodhisattva qui donne donne sa pitié, sa miséricorde aux humains, qui les sauve dans des moments difficiles et écoute leurs prières quand ils souhaitent avoir un enfant. Elle s’assure également que tous les humains atteignent l’illumination, elle a juré de ne pas monter aux paradis jusqu’à ce que chacun n’y soit pas. Elle est généralement représentée se tenant sur un lotus, une carpe ou un dragon, tenant une bouteille d’où toute l’eau du monde provient, c’est pourquoi elle est connue et considérée comme «la Mère de l’eau».

Elle est aussi appelée «la mère de la miséricorde», car elle assiste à toutes les prières de tous les humains lorsqu’ils vivent des temps difficiles. Montée sur son dragon, elle sauve de la mort ceux qui vont périr de l’eau, du feu et des armes. Quand elle est représentée sur un lotus, elle symbolise un talisman pour ceux ne priant et ne pouvant pas avoir d’enfant. Elle peut des fois être dépeinte avec une carpe ou une carpe-dragon (koiryu), remontant la rivière dorée.

Comme la carpe est un animal vivant dans les rivières, il est juste de l’associer à des animaux de la forêt, comme le tigre, le faucon ou le paon, respectant leur symbolisme propre. Ainsi il doit toujours apparaître en fond de l’eau et des rochers.

En ce qui concerne les fleurs pouvant être associées aux carpes dans le tatouage, il est possible de par sa nature aquatique et surnaturelle de mettre des lotus, ainsi que des pivoines pour symboliser la beauté, représentant aussi la famille royale, elles sont dans les canons. Cependant il y a des désaccords lorsque l’on en vient aux plus petites fleurs. En s’en tenant à la tradition, il serait correct d’associer les carpes aux fleurs de cerisier, les sakuras, à cause de leur beauté et de leur côté éphémère, mais elles fleurissent au printemps, qui est le moment de l’année où les carpes sont encore en semi-hibernation, elles ne remontent pas la rivière avant l’automne. Se raccordant à ceci beaucoup de maîtres du tatouage préfèrent les représenter avec des feuilles d’érable, même s’il y a un sens contraire quant à leur symbolise, car elles représentent la proximité avec la mort ou la fin d’un cycle. En réalité l’un des deux peut être correct, puisqu’elles indiquent une période différente dans une année.

Pour finir, en termes de couleurs, il y a trois types de carpes dans le tatouage japonais: higoi (la carpe rouge),  magoi (la carpe noire) et nishikigoi (la carpe multicolore, ou «le bijou vivant»).

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Kingyo (le poisson rouge)

Le nom scientifique pour ce poisson est Carassius auratus, même s’il est plus connu à travers le monde par son nom anglais. Cet animal, qui fait partie de la famille des carpes, peut être considéré comme un pauvre et moins respecté petit frère du symbole national japonais qui est la koi. 

Son origine peut être retracée au Xème siècle en Chine, il est le résultat de plusieurs croisements de carpes d’élevage qui étaient élevées dans des petits étangs pour la consommation humaine. En 1502, ces espèces furent introduites au Japon, mais ce n’est pas avant les années 1820 que leur popularité grandit et que les gens commencèrent à les élever comme animaux «décoratifs» grâce à leurs élégantes combinaisons de couleurs. 

Les anglophones et les Japonais disent que les personnes ayant une absence de réflexion ont «une mémoire de poisson rouge». Malgré cette sagesse populaire, l’expression ne colle en fait pas à la réalité, il a été prouvé que les kingyo peuvent conserver des souvenirs jusqu’à 5 mois, et ce n’est pas le seul fait surprenant à propos de ces petits animaux aquatiques.

Leurs yeux peuvent percevoir jusqu’à cent millions de couleurs, donc un spectre de couleurs largement plus vaste que celui de l’oeil humain, qui lui peut percevoir «seulement» un million de couleurs.

Ces yeux sont si délicats que les poissons tendent à avoir une inhibition de ces organes en souffrant de tumeurs, d’où la masse dans leurs yeux ou le genre de bulbe présent sur leur tête que l’on peut voir dans de nombreuses représentations de ces poissons dans des estampes, prints et tatouages. 

Les éleveurs les plus expérimentés affirment que ces charmantes petites créatures peuvent reconnaître le visage de celui qui s’occupe d’eux, et n’acceptent que la nourriture que cette personne leur donne. Ce qui peut être important, étant donné que l’espérance de vie moyenne de ces poissons est de vingt ans, certains pouvant atteindre les quarante-cinq ans ! Le lien créé entre un poisson et la personne qui s’en occupe peut devenir très fort. Les éleveurs apprécient toutes les qualités de leurs poissons, qu’ils considèrent réellement comme leur trésor. Cependant les poissons qui ne correspondent pas aux standards esthétiques en termes de couleurs et de formes sont vendus pour un divertissement populaire appelé kingyo sukui, qui prend place lors de matsuri (de petits festivals ou foires). Ce jeu consiste à attraper le plus de poissons rouges possibles avec une petite raquette appelée un poi, qui contrairement à un filet, a une fine feuille de papier poreux qui s’abîmer et tombe doucement en lambeaux à chaque essai, ce qui veut dire qu’il faut être rapide et compétent. Les joueurs peuvent ramener chez eux les poissons qu’ils ont sortis hors de l’eau avant que les raquettes ne soient trop endommagées et les garder comme animaux. Même si cela semble être plus un passe-temps pour les enfants, il y a au Japon une fédération ainsi qu’un championnat national.

Comme symbole ou comme tatouage, les kingyo attirent l’abondance et le bonheur. À cause de sa place par rapport à la carpe, il a une connotation plus relative aux classes ouvrières. Durant l’explosion des estampes, Kuniyoshi a fait une série de neuf illustrations dans lesquelles ces poissons jouent un rôle et assurent des tâches humaines. L’artiste explique ceci, comme les personnes des classes ouvrières et moyennes ont ces poissons chez eux, ça n’est pas difficile pour eux de s’identifier à ces poissons, même si plus tard il réalisa le parallèle entre les personnes humbles et ces animaux. Les deux ont de belles et louables qualités, mais ne sont pas appréciées comme elles devraient l’être.

Le phoenix (Ho-o)

Le phoenix est un des quatre gardiens célestes des quatre points cardinaux. Les trois autres sont le dragon Ryu, Genbu (un mélange entre une tortue et un serpent) et Kirin (un mélange entre un cheval, un dragon, un foo dog et d’autres animaux).
Le ho-o est un hybride entre un paon et un faisan , il a le cou de ce dernier, la crête d’un coq et une queue fournie de longues plumes comme un paon, bien que ses attributs diffèrent selon les sources. Leurs plumes ont cinq couleurs: noir, blanc, rouge, vert et jaune. Ces couleurs font respectivement référence à la bienveillance, la pureté, l’éducation, la sagesse et la douceur.

En se fiant à ses origines chinoises, le phoenix contrôle la musique pentatonique, et il n’apparaît qu’à certains moments, comme au début d’une nouvelle ère, à la naissance d’un nouveau régent ou durant son règne pour le bénir. Il apparaît également pendant de longues périodes de prospérité. 

Il niche dans des kiris (paulownia) et mange du bambou, ce sont donc les bons éléments à associer dans le tattoo. Ils se cachent durant les temps de lutte, ce qui fait qu’il est symbole de paix, lorsque c’est calme il est présent, alors que lorsque c’est le chaos il est absent.

En Chine et au Japon, il est le symbole de la famille royale, en particulier la femelle, nommée l’impératrice. 

C’est naturellement qu’il est associé avec le dragon (l’empereur), ils peuvent être des ennemis mortels comme des amoureux passionnels. La combinaison des deux dans un tatouage tend à montrer l’accomplissement complet d’un cercle, le yin et yang.

Une autre façon dont le duo phoenix et dragon est montré est  la montagne et le messager de l’ermite immortel (le sennin).
Pour commencer, le sens du phoenix japonais n’est pas le même que son cousin occidental, qui renaît de ses cendres, mais qui doit dans un certain nombre de circonstances, le sens des deux versions a fusionné. Cela se produit à cause du tennin, littéralement les «êtres du paradis» (un genre d’ange bouddhiste), qui sont représentés avec des longues queues de ho-o et entourant les cieux avec le feu purificateur de Bouddha. Le Ho-o vient en étant entouré de ces flammes, et le sens des mythes de l’Est et de l’Ouest a ensuite commencé à émerger.

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Le tanuki (le «chien raton-laveur»)

La première chose à clarifier est le fait que le tanuki, dont le nom scientifique est Nyctereutes procyonoides, n’est pas un blaireau même si les premiers écrits et retours des occidentaux partis au Japon reportèrent que c’en était un, en se basant sur de mauvaises traductions.

Cet adorable «chien raton-laveur», représenté avec un chapeau de paille, une bouteille de sake, un ventre dodu et une expression heureuse, a coexisté pendant des siècles avec le peuple japonais. Depuis le début des temps, l’humanité a comme croyance que les animaux possèdent des pouvoirs surnaturels et ont des habilités pour jouer des tours.

C’est le cas du tanuki, qui était considéré au Japon comme étant l’homologue malicieux du kitsune, le renard.

Chaque animal partage des pouvoirs magiques et des habitudes, et même si le mythe du renard est globalement commun à l’Asie, celui du tanuki est unique au folklore japonais. 

Tandis que le kitsune a encore aujourd’hui cette image d’agent dangereux de l’au-delà, le tanuki est considéré comme un esprit amical et joyeux au Japon.

Cet ami joyeux est un maître du déguisement et peut changer sa forme pour jouer tous les genres de tours et farces pour tourmenter les humains. Tandis que le kitsune est capable de se transformer en une belle femme pour tromper ses victimes, le tanuki préfère lui se déguiser en moine bouddhiste. Il aime imiter les humains pour les rendre confus et se moquer d’eux lors d’importantes cérémonies ou événements comme à des funérailles ou lors de moments religieux.  Ils sont souvent aperçus la nuit dans des cimetières, tenant une lanterne et faisant une mauvaise imitation comique des chants cérémonieux humains. Parodier notre monde, nos habitudes et coutumes sont leur mission. Ils aiment également la calligraphie et essaient d’écrire comme les personnes, mais leur écriture est pleine d’inexactitudes, et ils ne peuvent pas s’empêcher de faire des dessins comiques partout.

Une autre chose est que le tanuki aime se montrer dans les maisons de personnes à des moments inopportuns, se transformant en policier ou inspecteur des impôts, toquant aux portes et mettant la pression aux habitants pour qu’ils payent leurs taxes et les accusant parfois d’avoir commis un crime. Les personnes ayant eu la malchance d’expérimentée l’une de ces visites devrait faire attention à plusieurs détails pour regarder s’ils sont en train de parler à un vrai humain ou à un tanuki. Par exemple, s’il est en train de pleuvoir, les vêtements du visiteur seront étrangement secs, et si les personnes se concentrent sur autre chose que le fait d’être troublé par cette soi-disant mauvaise nouvelle, ils pourraient alors voir apparaître la queue du tanuki. Parfois, ils jouent un autre tour, celui de payer quelqu’un avec ce qui semble être de vraies pièces, mais une fois que le tanuki est parti ces pièces se transforment en momiji, des feuilles d’érable.

Bien évidemment, le tanuki aime déranger les gens en faisant des bruits étranges, en faisant tomber des choses sur les toits, ou bien en imitant des bruits de vents ou de tempêtes, en forêt ils s’amusent à tourmenter les randonneurs ou voyageurs en tapant sur leur gros ventre afin de les distraire et que ceux-ci se perdent.

Mais malgré ce casier criminel, le tanuki a aussi des côtés adorables. Il est pourvu d’énormes testicules, pouvant atteindre la taille de huit tatamis ! Ils peuvent se servir de leur scrotum comme d’une voile une fois sur un bateau, comme filet de pêche, comme piscine, parachute ou protection contre la pluie et des attaques ennemies.

Dans le tatouage japonais le tanuki est utilisé pour symboliser la joie, l’amitié et d’avoir un certain amusement presque innocent. Généralement, il est représenté tel quel, avec son physique typique, ou bien via la lanterne qu’il tient dans les cimetières, pour se moquer de la mort. Depuis le début du tatouage nippon, il est considéré qu’avoir un tattoo de tanuki porte chance

Le tigre

Même si le tigre est commun en Asie, il n’y en a aucune trace au Japon. Son image a été importée de Chine, ayant eu les premières venues d’Inde. Dans ses premières représentations, le tigre était représenté avec des moines qui portaient beaucoup de livres, symbolisant l’arrivée du bouddhisme et sa sagesse dans l’Est. Des douze signes du zodiaque chinois, le tigre représente la vigueur, le courage et la persévérance.

Dans l’art japonais et dans le tatouage, le tigre apparaît tout d’abord comme une image du bouddhisme et un symbole de force de la nature ainsi que de l’instinct sauvage humain, ce que chacun peut atteindre en se focalisant sur son côté spirituel.

Initialement, les Japonais crurent que, comme le dragon, le tigre était un animal mythologique, magique et surnaturel, mais les premiers rapports de japonais ayant voyagé en Chine attestèrent de leur existence.  De ce fait, les Japonais en conclurent que s’il y avait des tigres en Chine, il devait également exister en ce cas des dragons et d’autres créatures magiques – une autre conséquence de l’isolement relativement long du Japon.

Un mythe s’est  développé autour du tigre: on croyait qu’ils vivaient mille ans, et qu’ils devenaient blancs lorsqu’ils atteignaient les cinq-cents ans.

Ces tigres blancs étaient appelés des byakko, et l’on croyait qu’ils apparaissaient seulement si l’empereur régnait avec vertu ou s’il y avait la paix dans le monde. Le tigre est le gardien de l’Ouest, et le seul parmi les quatre protecteurs des points cardinaux qui est un animal réel. Son pouvoir et sa virilité collent parfaitement avec l’esprit militaire, c’est pourquoi il est devenu le symbole des samouraïs et un motif emblématique dans le tatouage japonais. Si tora (le tigre) est masculin, son homonyme féminin est hyoo, le léopard, qui a également de grandes qualités pour la guerre. Les tigres sont souvent combinés aux dragons. Lorsque cela arrive, le tigre est porteur de démons, de mauvais augures et d’épidémies, alors que le dragon symbolise l’inverse: un monde divin, la bonne fortune et la santé. Dans cette association, le dragon représente également la puissance des éléments et la capacité à battre l’animal le plus fort (incluant de fait le tigre). Une composition classique de ce thème dans le tatouage montre le tigre sur des rochers, menaçant dans le vent, et le dragon émergeant des eaux agitées. 

Comme il était cru que le tigre était le seul animal capable de pénétrer dans les forêts de bamboo, il peut apparaître entre des tiges de bamboos dans les représentations et dans le tatouage. Cette association représente les faibles donnant un abri aux puissants.

Le tigre a le statut de symbole des militaires et des samouraïs, tout comme une certaine proximité avec la maison royale, ce qui donne une autre composition possible. Quand l’empereur décide d’aller à la guerre, ses bannières montrent des tigres autour desquels il y a des pivoines, un autre symbole impérial. Le rouge représente alors le sang qui s’apprête à couler sur le champ de bataille. En voyant les tigres et les pivoines (botan no tora) , les ennemis savaient que tout le pouvoir de l’empereur allait leur tomber dessus.

Les tigres apparaissent aussi dans de nombreuses histoires du Suikoden,  souvent combattant les héros, il est donc possible de les représenter de cette manière dans le tattoo. Dans cette veine les représentations les plus populaires avec des humains sont sans doute celles où le tigre fait office de monture pour Shoki, un tueur de démons, ou bien avec un célèbre ninja, Tora o maru, qui utilise la magie des tigres pour rivaliser avec Ryu o maru afin d’obtenir une magique.

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Le namazu (poisson-chat)

Le Japon est un pays à tremblements de terre. Tout au long de son histoire millénaire, il a souffert de nombreux tremblements qui l’ont amené au bord de la destruction. Il n’est donc pas étonnant qu’en creusant dans ses plus anciens folklores  que nous trouvions ce qui semble être une des cause de tout ceci., qui n’est autre que le namazu, un poisson-chat géant qui vit sous les eaux et près des côtes. 

Les croyances populaires  nous disent que le namazu fait trembler le fond marin à chaque fois qu’il bouge vu son énorme taille, et c’est ce mouvement qui provoque des tremblements de terre. Heureusement qu’il y a un gardien appelé kashima-no-kami , ou le dieu Kashima, qui garde le poisson maintenu et immobilisé sous une énorme dalle de pierre appelée kanameishi. Donc, du moins en théorie, ce poisson est sous contrôle.  Cependant, au moins une fois par an, en octobre, Kashima doit mettre de côté son rôle de gardien afin d’aller à une réunion en déités au tombeau d’Izumo, dans la ville de Taisha, à trente kilomètres de Matsue, la capitale de la préfecture de Shimane, à l’ouest de l’île de Honshu.

Chaque année, lorsqu’il est temps de quitter l’endroit où il garde le namazu, il demande à la déité de la bonne fortune, Ebisu, de contrôler le poisson géant avec son pouvoir, mais le souci est qu’Ebisu n’est pas assez puissant, le poisson-chat en profite donc pour tenter de s’évader et ses tentatives se répercutent sur l’archipel du Japon par des tremblements de terre, dus à ses mouvements.

Durant le seizième siècle, les premières références écrites concernant le namazu apparaissent, et plus tard, en 1885, après le grand séisme du 11 novembre qui a frappé Tokyo, il y a eu un engouement pour les estampes appelées les namazu-e , dont le sujet était la créature et ses responsabilités concernant l’événement. Il est à noter que le mythe tend à changer dans le Japon moderne, et le namazu  n’est plus considéré comme une figure maléfique: son but est de bouger pour s’échapper de sous la dalle pour être libre, le résultat est de fait les différents tremblements, qui sont considérés comme un fait naturel inévitable – comme l’est le désir de liberté. 

Au Japon le mouvement fait par le poisson-chat est considéré comme un avertissement, il y a une croyance populaire qui dit que lorsque les poissons-chats qui sont dans des étangs sont agités  et nagent très près de la surface, cela veut dire qu’il y aura bientôt un tremblement de terre. Le namazu est représenté dans les illustrations et estampes de manière à montrer le chemin pour s’échapper des tremblements de terre, des tsunamis et autres événements du genre, il est vu comme un talisman de bonne fortune.

Dans le tatouage, le namazu est généralement représenté avec son bon côté, symbolisant une certaine aspiration à la liberté, il peut être monté par le gardien Kashima ou le dieu Ebisu, il peut également avoir sur la tête de nombreux attraits portant chance au Japon.

Le kitsune (renard)

Les renards sont originaires du Japon et de la Chine, les mythes les concernant proviennent d’Inde. C’est une croyance commune qu’ils sont rarement aperçus parce qu’ils vivent et se déplacent la nuit, laissant seulement derrière eux des oiseaux morts, des clôtures cassées et du sang de poule comme preuves de leur visite. En Chine, il était cru que les renards étaient les esprits des morts, car ils erraient toujours dans les cimetières la nuit.

Au Japon le renard est étroitement lié à Inari, un dieu Shinto, la déité de la fertilité, de l’agriculture et du riz, ayant pour messager et servant le kitsune. Le renard ne symbolise pas seulement la ruse, mais aussi la sensualité et l’érotisme, spécialement pour les femmes. Pour les Japonais, le renard est un animal ambivalent, capable du meilleur (comme étant justement un messager divin) et du pire, car il est par excellence la créature sournoise et jouant des tours.

Il est à noter que les pouvoirs surnaturels du renard augmentent avec l’âge. Quand un renard atteint les cent ans, il lui pousse une autre queue et il acquiert le pouvoir de se transformer, henge, ce qui lui permet de devenir un être humain -souvent une femme- ou une autre entité.

Il peut utiliser ses pouvoirs magiques pour ensorceler des personnes, pouvant les mener dans des situations dangereuses. Il peut illuminer son chemin grâce à un  genre de feu appelé kitsunebi, qui sort de ses queues.

Quand un renard atteint l’âge de mille ans, il leur pousse en tout neuf queues, ils sont alors appelés kyubi no kitsune (le renard magique à neuf queues). Leurs pouvoirs magiques augmentent et ils développent la capacité d’entendre et de voir tous les événements qui se déroulent dans le monde, et certains atteignent la sagesse infinie. Quand un kitsune gagne sa neuvième queue, sa fourrure devient alors soit blanche, argentée ou dorée.  Par ailleurs, les renards au pelage noir sont vus comme apportant la bonne fortune, à l’inverse ceux aux poils blancs sont porteurs de malheur, une fourrure mélangeant trois couleurs présage d’énormes tragédies à venir.

Comme énoncé plus haut, les renards préfèrent apparaître aux humains après s’être eux-mêmes transformés en ensorcelantes et très belles femmes. Si une femme-renard entame une relation avec un homme, elle disparaitra dès lors que celui-ci aura découvert sa réelle identité. C’est pourquoi un kitsune ne peut jamais entièrement se transformer en être humain, sa queue le trahit toujours, celle-ci se reflétant dans l’eau. Un chien est la meilleure défense contre un renard, car une femme-renard perd son apparence humaine lorsqu’un chien la regarde. Le pouvoir de transformation des renards leur permet de prendre n’importe quelle forme des éléments de la nature, comme des arbres, de l’eau, des pierres ou d’autres animaux.

La vie exagérée du kitsune est le reflet de notre monde terrestre. Par exemple, ils vivent en société comme nous, divisée en classes, ils s’habillent comme des humains, et ils travaillent. Les renards vivent dans les profondeurs les plus ténébreuses des forêts, et même si leurs demeures sont invisibles pour nous, leurs rituels magiques peuvent être aperçus les nuits de pleine Lune, quoique ce soit comme si c’était à la lumière d’une lanterne.

Le kitsune portent toujours une «boule étoilée», un genre de bijou de désirs qui préserve une partie de ses pouvoirs quand le renard se transforme. Il est dit que ceux qui sont capables de voler ce bijou à un kitsune peuvent le forcer à leur promettre aide et protection, et s’il ne tient pas parole il perdra son statut et ses pouvoirs. D’autres traditions suggèrent que le bijou est l’endroit où est l’âme du kitsune et que si les deux sont séparés, il en mourra.

Comme les kitsune sont capable de ruiner la vie d’êtres humains par bien des manières, des temples ont été érigés afin de calmer leur colère. Le plus connu est celui qui a été construit pour la divinité Inari à Kyoto: Fushimi Inari, qui est célèbre pour son long couloir de torii, des portails japonais en bois. Ils sont tellement proches les uns des autres que lors d’un jour de pluie si une personne passe en dessous pour grimper la montagne il ne sera pas mouillé. Lorsque l’on passe devant, la statue d’Inari doit être honorée en applaudissant, en lui laissant des fleurs ou du tofu frit, la nourriture préférée du kitsune. La déité Inari peut être un mâle ou une femelle, contrairement aux renards, il est toujours gentil, surtout depuis qu’il protège les récoltes. Au printemps il descend de la montagne pour aider aux récoltes de riz, il a été fait patron de l’abondance et de la prospérité pour les fermiers et les marchands. Au Japon, il y a dix mille temples en honneur d’Inari, et leurs portes sont gardées par deux renards, un mâle et une femelle, avec des bijoux au bout de leurs queues ainsi que le fameux bijou des désirs.

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Daruma

Bodhidharma, appelé Daruma au Japon, était un sage indien né dans la haute société qui vivait au VIème siècle. Il est considéré comme étant le vingt-huitième patriarche du bouddhisme Zen et comme le premier patriarche de Chine. La vie de ce personnage est entourée de légendes et de mythes, mais malgré un manque de sources historiques, nous savons que c’est lui qui a introduit et propagé le bouddhisme Zen (aussi appelé Chan) en Chine. Le Zen est arrivé au Japon au début de l’ère Kamakura à la fin du XIIème siècle, quand un moine bouddhiste de la branche Tendai appelé Nonin établi la première école Zen. Les préceptes du Zen se diffusent rapidement, trouvant une acceptons particulière chez les samouraïs.

Selon Daruma, l’objectif principal du bouddhisme Zen est de trouver une illumination personnelle à travers la méditation, et non à travers la lecture de livres, la récitation de sutras ou l’exécution de rituels. Il faut nettoyer son âme et son esprit et l’emmener vers un état d’esprit faisant que l’on se libère de tout bien matériel afin de redécouvrir la vérité.

La pratique du Zen consiste en de longues séances de méditations zazen, se faisant assise, souvent dans la position du lotus. La consommation du thé vert au Japon s’est diffusée en même temps que la pratique du Zen.

C’est essentiel d’en consommer durant la méditation afin de rester bien éveillé et de ne pas s’endormir.  On pense que c’est le daruma qui a introduit le thé en Chine lors de son pèlerinage en venant d’Inde. La légende raconte que, furieux de s’être endormi lors d’une séance de méditation, Daruma s’est retiré les paupières, et lorsqu’elles sont tombées sur le sol les premières plantes de thé poussèrent.

Daruma a atteint l’illumination après neuf ans de méditation, assis devant le mur d’une grotte, près du célèbre monastère shaolin de Lo Yang. Durant cette longue méditation, ses bras et ses jambes s’atrophièrent jusqu’à tomber. La fameuse poupée daruma relate cette légende et elle est l’un des porte-bonheur les plus célèbres au Japon. Normalement elles sont vendues lors de festivals et de foires, et grâce à leur forme elles peuvent revenir à leur position initiale après été poussé dans n’importe quel sens, ce qui représente la ténacité du personnage. Ils sont aussi souvent vendus sans leurs yeux peints au Nouvel An. Les gens font un voeu et peignent alors un oeil, et s’il se réalise dans l’année, ils peignent l’autre oeil, ainsi à la fin de l’année lors d’un festival ils prennent la poupée et la brûlent.

Chojun

Avant de devenir le propriétaire de la boutique locale de poissons, Rorihakucho Chojun et son frère, Cho-o, ont passé leur temps à voler les passagers de leur bateau. Au milieu des voyages, ils lâchaient l’ancre et les forçaient à payer un «billet premium», ce qui laissait généralement ensuite les voyageurs sans le sou.

Chojun a rejoint le clan Ryosanpaku après avoir combattu contre l’un de leurs membres, Riki, qui perdit le combat après que les deux tombèrent dans l’eau, Riki ne sachant pas nager.

Les compétences aquatiques de Chojun suscitèrent l’admiration chez ses compagnons, qui le décrivaient comme exceptionnellement courageux. Avec son corps tatoué, il était capable de couvrir de longues distances à la nage, pouvant rester sous l’eau sept jours et sept nuits sans problème.

Il est l’un des héros les plus populaires du Suikoden parmi les artistes tatoueurs, en grande partie grâce à l’énorme succès de l’estampe de Kuniyoshi à son sujet, qui est devenu la référence exacte pour les tatouages, spécialement pour ceux courant des dos entiers.

Sur l’estampe on peut voir le héros passer à travers des barreaux se trouvant sous le pont de la rivière Yukin, qui donnait accès au château où ses ennemis se cachaient. Son épée entre les dents et ses tatouages (branche de pin, sakura, feuilles de vigne  un serpent et des flames) affichés, il rencontre alors une pluie de flèches. Gravement blessé, il tient toujours debout et fait face avant de mourir.

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Les fleurs : La sakura

La fleur de cerisier -la sakura– est un des symboles nationaux du Japon. Le terme sakura fait référence à un genre de cerisier admiré au Japon plus pour la beauté de ses fleurs que pour la qualité de ses fruits. Les fleurs de cerisier sont le symbole du printemps. En fait, dans l’archipel nippone, le printemps débute lorsqu’un ancien cerisier se trouvant dans la cour du palais de l’empereur a deux fleurs qui fleurissent.

L’événement est même suivi à la télévision à travers le Japon, avec une couverture de vingt-quatre heures de la floraison des deux fleurs. Lorsque le moment est venu, les villes à travers le pays tiennent des festivals majeurs. À la campagne les sakuras fleurissent et leurs pétales tombent au sol avant que les feuilles de l’arbre n’émergent. C’est ainsi la bonne manière de les représenter dans le tatouage, mais les tatoueurs ont le droit de les tatouer avec des feuilles vertes, étant donné que cela contraste fortement avec le rose et le rouge utilisé pour les pétales. 

Leurs côtés éphémères sur les arbres font qu’elles sont considérées comme symboles de la fugacité de la beauté. Mais lorsqu’elles tombent et couvrent littéralement le sol en rose, elles symbolisent également l’éternité de la vraie beauté, qui ne disparait pas avec l’âge, mais se transforme. Durant hanami, les Japonais contemplent les fleurs de cerisier et en profitent pour se poser sous les arbres pour manger et boire.

Mais derrière ces moments de loisir, il y a une contemplation des fleurs de cerisier plus profonde, une expérience de sensibilité et de mélancolie répondant au caractère éphémère de la nature du temps, qui est symbolisé par l’expression mono no aware, une des clefs du concept artistique japonais.

Les samouraïs choisissaient souvent la fleur de cerisier comme emblème et comme tatouage, appréciant le moment où elles bourgeonnent avant de devenir des fleurs, car pour eux elles symbolisent le raffinement et l’éducation qu’ils ont reçue: «la meilleure fleur est la fleur de cerisier, le meilleur homme est le guerrier», dit un vieux proverbe samouraï. Sa nature éphémère est aussi associée à la vie de tout guerrier. Ce concept est aussi devenu populaire chez les yakuza, qui se font tatouer des fleurs de cerisier quand ils acceptent leur vie de criminel et qu’ils auront sans doute une vie plus courte. En général, le concept de la futilité de la beauté est représenté dans le tatouage par une belle femme entourée de sakura.